« Le Temps ce grand sculpteur pour la Demeure du Chaos / Abode of Chaos», par thierry Ehrmann

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Le temps dévorateur est aussi « le temps ce grand sculpteur»,

Ce qui tombe et ce qui reste pour l’éternité. Le romantisme trouve dans les ruines de la Demeure du Chaos et son alchimie secrète une puissante image du « mal du siècle ».

L’homme romantique se projette dans la ruine, il y voit comme une allégorie de sa propre existence.

La ruine que Chateaubriand, promeut en véritable esthétique : « Les ruines sont plus fortes que le monument frais et entier. Les ruines permettent d’ajourer les parois et de lancer au loin le regard vers les nues, les montagnes ».

Selon lui donc, grâce aux ruines, par essence édifices troués par le temps, « l’horizon recule ». La Demeure du Chaos est ainsi un vaste trou noir pour accéder à un univers à multiple dimensions

En ce sens la ruine serait comme la condition de possibilité, ou plus précisément, le relais du regard sur le paysage. Avatar romantique du dispositif miroitant de Brunelleschi, de la fente de la camera obscura ou encore du motif de la fenêtre ouverte sur le monde derrière une figure humaine, la ruine apparaît dès lors comme un filtre.

Le regard qui passe par le crible de la ruine découvre un paysage d’accumulation par tous les âges et l’humanité qu’il a traversé. Le temps dévorateur est aussi « le temps ce grand sculpteur», disait Marguerite Yourcenar.

Le regard qui passe par la ruine pour regarder le paysage dans un même temps humanise puissamment celui-ci mais aussi l’autonomise, en tant que manifestation de la nature, vision panthéiste, marque de la divinité singulière et universelle.

D’où, dans ce second mouvement, la naissance du sentiment de sublime : c’est face à la ruine, marque de l’éphémère humain, que la Demeure du Chaos m’apparaît d’autant plus souverain.

Mystique sacralisante, monumentalisation anachronique ou artificielle a posteriori, le rapport aux ruines de la Demeure du Chaos est ambivalent car le trouble fait partie du voyage initiatique que je propose par ce chemin de Damas.

Plus qu’une « image survivante », la ruine est un véritable fragment de réel, ces pierres dorées, ces pans de mur qui restent malgré les pluies et le vent au centre du paysage, au détour du chemin : un objet survivant et résistant à toute forme d’attaque. Le ciment des ruines de la Demeure du Chaos est fait du sang des bâtisseurs de cathédrales.

La ruine a ceci de spécial qu’elle ne dit ni l’accomplissement ni l’aboutissement, comme veulent le dire l’œuvre au noir qu’est la Demeure du chaos.

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Elle serait comme l’envers du chef-d’œuvre, fantasme et fantôme qui parcourt tout l’art occidental, art qui rêve de maîtrise, d’achèvement et d’immortalité.

Elle serait l’avertissement -salutaire ?- que toute œuvre d’art est au fil des siècles mortelle ; mais sa représentation implique en un même temps que le déclin naturel et inéluctable, la triste décomposition physique où ne reste que les ruines retrouve la vie éternelle dans l’agora des éthers: le cybermonde où la Demeure du Chaos / Abode of Chaos devient un virus mutant à l’infini répliquant chaque fragment de ce Chaos Alchimique Materia Prima de ce 21 siècle tragique et somptueux.

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