Le besoin de justification de l’Art Contemporain par Artprice

L.O.V.E. par Maurizio Cattelan

Le mythe de l’artiste maudit est profondément ancré dans l’histoire de l’art, culminant avec les périodes impressionniste et moderne. Mais cette infortune a-t-elle perduré durant la seconde moitié du XXème siècle ? A priori, les vies d’Andy Warhol, Richard Prince ou Christopher Wool ressemblent bien plus à des success stories qu’à de longues tribulations. Alors pourquoi la maison Christie’s rassemble-t-elle des œuvres de ces artistes dans une vente intitulée Bound to Fail – Voué à l’échec ?

Avec ces 39 œuvres choc, Christie’s tourne les projecteurs directement vers les grandes polémiques de l’art contemporain. Les deux stars de la soirée sont des incontournables : Him de Maurizio Cattelan, un Hitler agenouillé qui avait fait scandale en 2012 dans l’ancien ghetto de Varsovie, et puis cette pièce angulaire dans le parcours de Jeff Koons : One Ball Total Equilibrium Tank. Certes, chacune de ces pièces incarne au mieux la puissance de l’art contemporain à mettre à mal les conventions. Seulement il faut reconnaître que ces œuvres n’ont jamais été particulièrement vouées à l’échec et que, finalement, l’effet produit était précisément celui recherché.

La présence de deux œuvres de Marcel Duchamp dans le catalogue de Christie’s laisse sous-entendre une filiation entre les plus grandes signatures contemporaines et l’inventeur du Ready-Made. En imaginant l’art comme une démarche à contre-sens, Duchamp a été le premier à accrocher intentionnellement l’étiquette Voué à l’échec sur ses œuvres. Or c’est cette même étiquette finalement que l’on retrouve ensuite chez de nombreux artistes contemporains. Ceux-ci, en suivant des démarches très différentes, cherchent bien tous, exactement comme Duchamp, à se heurter aux limites de l’art. Heureusement pour eux, leur maître a laissé ouverte la porte qu’il avait enfoncée et aujourd’hui le risque de se lancer dans une telle entreprise est moindre.

Bound to Fail est bien à l’image de l’œuvre dont elle tire son nom, Henry Moore bound to fail de Bruce Nauman : la réutilisation par l’art contemporain du mythe de l’artiste maudit.

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